Un Constat : la tristesse

 

Monsieur Barraud, je fais partie de ceux et de celles que vous fustigez dans le chiens 2000 de juillet août 2005. Si vos écrits n’étaient pas lus par des propriétaires de chiens pour la plupart néophytes, cela porterait à rire et je ne demanderais pas ce droit de réponse.

 

Mais en premier lieu, je tiens à me présenter, conductrice de chien (berger belge malinois) de mordant à une époque que « les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître » mais où vous Mr Barraud faisiez vos armes, époque de Messieurs Noel, Debonduwe etc., deuxième femme en France à avoir obtenu le plus haut niveau en recherche de personnes égarées (pistage utilitaire) avec une femelle Berger Hollandais à poils courts, qui est à ce jour, à ma connaissance, toujours la seule femelle de cette race à avoir atteint ce niveau de pistage. Certains juges de pistage se rappelleront certainement notre binôme. Egalement, conductrice pendant plusieurs années en Agility. Eleveuse professionnelle depuis près de 15 ans, spécialisée dans la sélection d’une race de chiens de protection de troupeau, et dont l’élevage est Elevage Recommandé et Sélectionné par la SCC, je suis également propriétaire de trois Berger d’Asie Centrale, passionnée par ces grands protecteurs au caractère si particulier. Je ferais, par courtoisie, abstraction de mon cursus scolaire et de formation.

 

Le ton étant donné, je fais donc partie des « femmes de terrain » et je suis, ne vous en déplaise, comportementaliste et conseillère en comportement canin.

Je ne reviendrais pas sur les railleries et les inexactitudes exposées sur la profession dans votre dernière chronique, les différentes associations nous représentant feront le point.

Je ne ferais qu’un seul constat, celui de la tristesse. Il y a plus de vingt ans, je me suis heurtée à certains de vos semblables, sur certains terrains de travail parce que l’intégrité du chien n’était pas toujours respectée, vingt ans après c’est toujours le même courant de pensée qui transparaît.

 » Grâce » à ces idées, certains clubs dit « d’éducation » où seuls le collier étrangleur, le collier à pointes, voir le collier électrique, les coups de sonnettes, les ordres hurlés, et j’édulcore, sont encore de mise. Depuis près d’un an, je lis vos chroniques, et je ne vois comme conseils que confrontations, rapport de force, affirmation d’autorité et de pouvoir, voir violences envers ce compagnon extraordinaire qu’est le chien.

A part les coups de genoux dans le poitrail du chien, lui marcher sur les pattes, l’étranglement à la « marche au pied » (chronique chiens 2000, octobre 2004, mai 2005) ainsi que les projections de maillons de chaînes (chronique chiens 2000 juillet- août 2005), ceci n’étant que des exemples de vos conseils, nul part dans vos écrits, ne transparaissent les notions de respect, de coopération, de partenariat, de compréhension de « l’autre » dans sa différence.

 

Alors oui, mon constat est la tristesse :

 

·         La tristesse parce qu’une importante partie du « monde canin » a encore 20 ans de retard sur d’autres pays, dans la recherche de la compréhension du chien et la relation avec l’être humain pour que l’harmonie règne dans une cellule familiale.

 

·         La tristesse parce que des hommes et des femmes, pourtant pourvus de compétences de terrain, n’évoluent pas, peut-être parce ce que ce qu’ils découvriraient les mettrait en péril dans leurs certitudes.

 

·         La tristesse parce que les notions d’éthologie d’une part et d’obéissance, de hiérarchie, de soumissions, et de crainte d’autre part sont toujours aussi mal connues, mal interprétées et mal transmises donnant lieu à des conséquences dramatiques dans les cellules familiales.

 

·         La tristesse parce que le chien est considéré, encore, comme un animal sans capacités cognitives, manipulé et brutalisé par le désir de pouvoir de l’être humain, reflet tout simplement de sa propre faiblesse et sa propre incapacité à comprendre l’autre.

 

·         La tristesse parce que dans le binôme maître/chien, la véritable relation n’est toujours pas prise en compte, car dans une relation deux être vivants existent, et dans vos différents écrits quid du propriétaire du chien ? lui qui vient vers vous dans une demande d’aide, comment et avec quels outils l’accompagnez-vous dans son propre changement et ce, pour que cela soit durable dans le temps ? Car nous savons tous que si le propriétaire du chien ne change pas, rien n’évoluera. Mais nous ne pouvons aider quelqu’un que jusqu’où nous avons été nous mêmes et à l’évidence nous n’avons pas parcourus tous le même chemin….

 

En conclusion, Monsieur Barraud, si les problèmes auxquels sont confrontés les maîtres de chiens pouvaient se solutionner uniquement par la marche en laisse, assis, debout, couché ainsi qu’avec les seules notions de « dominant dominé » cela se saurait……..Car enfin quel manque de considération pour les centaines de propriétaires de chiens qui consultent les comportementalistes après avoir écumé les clubs et les éducateurs de leur région sans résultat et qui sont à la recherche d’autre chose.

 

Quarante ans d’expérience avez-vous dit ? J’ai beaucoup de compassion pour vous, Monsieur Barraud.

 

Françoise Martin « Les chiens nous parlent…écoutons les pour les comprendre »

Conseillère en comportement canin et Comportementaliste.

http://www.francoisemartin.com